Pixels de suivi dans les e-mails : pourquoi recevez-vous ces messages et comment fonctionnent-ils ?

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Abdallah LISSER
21/08/2026
12 min de lecture
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Pixels de suivi dans les e-mails : pourquoi recevez-vous ces messages et comment fonctionnent-ils ?

Introduction

Depuis quelques semaines, vous avez peut-être reçu des e-mails provenant d'entreprises, d'associations ou de différents services en ligne vous informant de la présence de pixels de suivi dans leurs courriers électroniques.

Ces messages peuvent expliquer que certains e-mails contiennent un dispositif permettant de déterminer s'ils ont été ouverts et proposent parfois un lien permettant de s'opposer à ce suivi.

Si plusieurs organismes communiquent sur le sujet au même moment, ce n'est pas un hasard.

Le 14 avril 2026, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a publié ses recommandations relatives aux pixels de suivi dans les courriers électroniques. Elles précisent le cadre juridique applicable à ces dispositifs et les obligations des organismes qui les utilisent. La recommandation avait été adoptée le 12 mars 2026, à la suite notamment d'une consultation publique lancée en juin 2025.

Pour les adresses électroniques déjà collectées avant la publication de la recommandation, la CNIL a également prévu un régime transitoire permettant, sous certaines conditions, de continuer temporairement à utiliser certains pixels, à condition notamment d'informer les personnes et de leur permettre de s'y opposer. Un délai de trois mois a été prévu pour cette information.

Cela permet de comprendre pourquoi de nombreux utilisateurs ont commencé à voir apparaître ce type de communication au cours de l'année 2026.

Mais qu'est-ce qu'un pixel de suivi ? Comment une simple image peut-elle permettre de détecter l'ouverture d'un e-mail ? Quelles informations peuvent être récupérées ? Et pourquoi leur utilisation pose-t-elle des questions concernant la protection de la vie privée ?

C'est ce que nous allons découvrir dans cet article.

Qu'est-ce qu'un pixel de suivi ?

Un pixel de suivi, également appelé tracking pixel, est une technologie permettant de détecter certaines interactions avec un contenu numérique.

Dans le cas d'un e-mail, il prend généralement la forme d'une petite image distante intégrée au message.

Cette image peut être extrêmement petite et totalement invisible pour le destinataire.

Contrairement à une image directement intégrée dans l'e-mail, celle-ci est généralement hébergée sur un serveur distant.

Un code HTML simplifié pourrait par exemple ressembler à ceci :

<img src="https://exemple.fr/tracking/open.php?id=123456" width="1" height="1" alt="">

Pour le destinataire, rien de particulier n'apparaît à l'écran.

Pourtant, lorsque son logiciel de messagerie tente d'afficher cette image, une communication avec le serveur distant peut avoir lieu.

C'est cette requête qui permet d'effectuer le suivi.

Comment fonctionne un pixel de suivi ?

Pour comprendre son fonctionnement, il faut regarder ce qui se passe lorsqu'un e-mail HTML est affiché.

Lorsqu'une entreprise prépare un e-mail, elle peut insérer une adresse unique vers une image distante.

Par exemple :

https://exemple.fr/tracking/pixel.php?id=123456

L'identifiant présent dans l'adresse peut permettre au système de reconnaître le message ou le destinataire associé à la requête.

L'entreprise envoie ensuite son e-mail normalement.

Lorsque vous ouvrez le message, votre application de messagerie analyse son contenu HTML.

Si elle autorise le chargement des images distantes, elle demande alors l'image au serveur indiqué dans le message.

Le fonctionnement peut être résumé ainsi :

Schéma du fonctionnement d'un pixel de suivi

Le serveur peut alors enregistrer qu'une requête correspondant à cet identifiant a été reçue.

Le destinataire n'a donc pas besoin de cliquer sur un bouton ou sur un lien.

Le simple chargement de la ressource distante peut suffire à déclencher la requête.

Un pixel n'est donc pas réellement « magique »

Le terme « pixel espion » peut donner l'impression qu'un programme complexe est exécuté secrètement sur l'ordinateur.

En réalité, le principe technique est beaucoup plus simple.

Il repose principalement sur le fonctionnement normal du Web.

Lorsqu'un navigateur ou un client de messagerie rencontre une image comme :

<img src="https://serveur.fr/image.png">

il doit contacter serveur.fr pour récupérer le fichier.

Le serveur reçoit donc une requête.

Le principe du pixel de suivi consiste à exploiter cette requête pour mesurer une interaction.

Ce mécanisme est comparable, dans son principe général, au chargement d'autres ressources distantes sur une page Web.

Quelles informations peuvent être obtenues ?

Les informations disponibles dépendent fortement de la technologie utilisée, du logiciel de messagerie et des protections mises en place.

Le système peut notamment connaître le moment auquel la ressource a été demandée.

Si chaque destinataire possède une URL différente, cette requête peut également être associée à un destinataire ou à une campagne.

Le serveur peut aussi recevoir certaines informations techniques liées à la connexion HTTP, comme une adresse IP ou un User-Agent dans certaines configurations.

Ces données peuvent éventuellement permettre d'inférer d'autres informations techniques, par exemple le type de logiciel utilisé ou une localisation approximative.

Cependant, ces informations doivent être interprétées avec prudence.

Peut-on vraiment savoir exactement quand vous avez lu un e-mail ?

Pas nécessairement.

Il est courant de résumer le fonctionnement d'un pixel en disant :

« L'expéditeur sait exactement quand vous ouvrez son e-mail. »

Techniquement, la situation est plus complexe.

Ce que le serveur observe directement est avant tout le chargement d'une ressource distante.

Or ce chargement n'est pas toujours effectué directement par votre ordinateur ou votre smartphone.

Certains fournisseurs de messagerie utilisent notamment :

  • des serveurs proxy ;
  • des systèmes de cache ;
  • le préchargement des images ;
  • des mécanismes de protection de la vie privée.

Une image peut donc être récupérée par l'infrastructure du fournisseur de messagerie plutôt que directement par l'appareil du destinataire.

Cela peut fausser certaines statistiques.

Un chargement du pixel ne signifie donc pas systématiquement qu'une personne était devant son écran précisément à cet instant.

Pourquoi les entreprises utilisent-elles ces pixels ?

Les pixels de suivi sont notamment utilisés dans les outils d'envoi d'e-mails et de newsletters.

Ils permettent par exemple aux organismes d'obtenir des statistiques sur leurs campagnes.

Une entreprise peut vouloir déterminer si ses communications sont consultées, comparer différentes campagnes ou améliorer la manière dont elle communique avec ses utilisateurs.

Les informations obtenues peuvent notamment être utilisées pour analyser les performances d'une campagne, adapter la fréquence des communications ou mesurer la délivrabilité de certains messages.

Mais selon la finalité poursuivie, le suivi peut également permettre d'établir des informations plus précises sur les interactions d'un destinataire.

C'est notamment pour cette raison que la protection des données personnelles entre en jeu.

Pourquoi reçoit-on autant de messages à propos des pixels en 2026 ?

C'est probablement la question que beaucoup d'utilisateurs se posent actuellement.

Les pixels de suivi dans les e-mails ne sont pas apparus en 2026. Ils existent depuis longtemps.

Ce qui a changé est notamment le cadre précisé par la CNIL.

Le 12 mars 2026, la CNIL a adopté une recommandation consacrée aux pixels de suivi dans les courriers électroniques. Celle-ci a ensuite été publiée le 14 avril 2026.

Cette recommandation fait suite à une consultation publique lancée le 12 juin 2025, au cours de laquelle différents acteurs ont pu faire remonter leurs observations et difficultés d'interprétation.

Il est toutefois important de préciser qu'il ne s'agit pas simplement d'une « nouvelle loi sur les pixels ».

La recommandation de la CNIL vient notamment préciser la manière dont les règles existantes relatives aux traceurs doivent être appliquées à cette technologie.

La CNIL rappelle notamment l'application de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés, en complément du RGPD, aux opérations de lecture ou d'écriture sur le terminal de l'utilisateur.

Une période transitoire pour les adresses déjà collectées

Un élément permet particulièrement de comprendre pourquoi certains utilisateurs ont reçu des messages d'information au cours des derniers mois.

Pour les adresses électroniques déjà collectées au moment de la publication de la recommandation, la CNIL a prévu un régime transitoire.

Les organismes concernés disposaient notamment d'un délai de trois mois pour informer les personnes.

Cette information pouvait être communiquée dans un e-mail spécifiquement consacré au sujet ou intégrée clairement dans une autre communication.

Lorsque ce régime était applicable, les personnes devaient également disposer d'une possibilité de s'opposer au suivi.

En cas d'opposition, l'organisme ne peut plus continuer à insérer les pixels concernés dans les courriels adressés à cette personne dans le cadre décrit par ce régime.

C'est donc l'une des principales raisons expliquant l'apparition de messages indiquant par exemple :

« Certains de nos e-mails contiennent un pixel de suivi. »

ou :

« Vous pouvez vous opposer à tout moment à ce suivi. »

Le phénomène observé en 2026 correspond donc à une mise en conformité des organismes avec le cadre précisé par la CNIL.

Tous les pixels nécessitent-ils un consentement ?

Non.

C'est une distinction particulièrement importante.

La présence d'un pixel dans un e-mail ne signifie pas automatiquement que son utilisation nécessite systématiquement le consentement.

L'article 82 de la loi Informatique et Libertés prévoit des situations dans lesquelles certaines opérations peuvent bénéficier d'une exemption.

La CNIL rappelle notamment que les opérations strictement nécessaires à la fourniture d'un service explicitement demandé par l'utilisateur ou ayant pour seule finalité de permettre ou faciliter une communication électronique peuvent, sous certaines conditions, bénéficier d'une exemption à l'obligation de recueillir le consentement.

Il faut donc analyser la finalité du pixel.

Un pixel utilisé à des fins de mesure marketing ou de profilage n'est pas nécessairement soumis aux mêmes règles qu'un mécanisme strictement nécessaire au fonctionnement d'un service demandé par l'utilisateur.

C'est pourquoi certains messages d'information précisent que certains pixels peuvent être exemptés de consentement.

Pixel de suivi et lien traçant : ce n'est pas exactement la même chose

Il existe une autre technologie couramment utilisée dans les newsletters : les liens traçants.

Imaginons qu'un e-mail contienne ce lien :

https://exemple.fr/article?id=42&user=123456

L'identifiant peut permettre au serveur de déterminer qu'un destinataire particulier a cliqué sur le lien.

Le principe diffère donc légèrement.

Un pixel sert notamment à détecter le chargement d'une ressource.

Un lien traçant permet notamment de mesurer un clic.

La CNIL précise que les liens traçants ne sont pas directement couverts par sa recommandation spécifique relative aux pixels, mais qu'ils peuvent eux aussi impliquer des opérations relevant de l'article 82 de la loi Informatique et Libertés.

Comment limiter le suivi dans ses e-mails ?

Plusieurs protections peuvent limiter l'efficacité des pixels.

La première consiste à bloquer le chargement automatique des images distantes.

Si l'image correspondant au pixel n'est jamais demandée au serveur, le mécanisme de suivi basé sur son chargement ne peut pas fonctionner normalement.

Certains clients de messagerie proposent donc une option similaire à :

Ne pas charger automatiquement les images distantes

L'utilisateur peut ensuite choisir manuellement d'afficher les images pour certains messages.

Cependant, le comportement exact dépend du fournisseur et de l'application de messagerie.

Certains services chargent les images à travers leurs propres serveurs proxy afin de limiter les informations directement accessibles à l'expéditeur.

Il ne faut donc pas considérer le blocage des images comme la seule protection possible.

Faut-il avoir peur des pixels de suivi ?

Un pixel de suivi n'est pas, en lui-même, un virus.

Il ne faut pas le confondre avec un malware, un cheval de Troie ou un programme prenant le contrôle de l'ordinateur.

Son fonctionnement repose principalement sur le chargement d'une ressource distante.

Le problème concerne davantage la confidentialité et le suivi de l'utilisateur.

Un mécanisme apparemment invisible peut permettre à un organisme de mesurer certaines interactions avec ses communications.

La question devient alors :

quelles informations sont collectées, pourquoi sont-elles collectées et l'utilisateur a-t-il été correctement informé ?

C'est précisément sur ces aspects que le cadre réglementaire intervient.

Les entreprises peuvent-elles être concernées même si elles ne sont pas françaises ?

Oui, dans certaines situations.

La CNIL précise que son intervention ne se limite pas nécessairement aux entreprises exclusivement établies en France.

Les règles peuvent notamment s'appliquer lorsque l'utilisation des pixels est effectuée dans le cadre des activités d'un établissement situé en France.

La législation peut également concerner certains acteurs situés hors de l'Union européenne lorsqu'ils utilisent ces technologies pour suivre le comportement de personnes situées en France.

Pour l'application de l'article 82 relatif aux opérations de lecture et d'écriture sur les terminaux, la CNIL indique être compétente concernant les utilisateurs situés en France.

La prochaine fois que vous recevrez un e-mail vous informant de la présence de pixels de suivi, vous saurez donc ce qui se cache techniquement derrière ce fameux « pixel invisible ».

Conclusion

Les pixels de suivi existent depuis longtemps, mais leur utilisation est désormais mieux encadrée par la CNIL. C’est notamment ce qui explique les récents e-mails envoyés par de nombreuses entreprises.

Derrière ce petit pixel invisible se cache un mécanisme simple permettant de mesurer certaines interactions avec un e-mail. Comprendre son fonctionnement permet surtout de mieux maîtriser ses données et sa vie privée.

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